lundi 26 janvier 2009

Les mots et les choses, du différend au différent




Un ancien camarade de lycée retrouvé récemment sur Facebook se souvenant des excentricités de mon adolescence, m'écrit: " Toujours à faire le différend". La faute d'orthographe relève du lapsus. Je remercie donc mon correspondant pour cette cette homonymie impromptue, inspiratrice d'une petite réflexion lors de mon insomnie matutinale. "... si nous n'étions si différents, nous n'aurions pas si grand plaisir à nous entendre" (André Gide, Œdipe) . Le différend nous oppose et nous divise, nous induit à la discorde, nous éloigne et nous met en conflit. Il érige dans les territoires sans limite de l'existant, le mur d'une frontière où d'un ghetto et nous assigne dans le no man's land où l'échange n'est plus possible. Tout à la fois rivage des Syrtes et falaises de marbre. Le différend sacre le règne des Pouvoirs tandis que le différent consacre les Savoirs et m'ouvre les champs élyséens d'une connaissance insoupçonnée. L'un m'enferme dans mes certitudes illusoires, l'autre m'ouvre les trésors de l'altérité fécondante. Les différends accusent l'ego du moi haïssable. C'est là le vrai péché originel: croire en un univers fondé sur la dualité que ne peuvent résoudre que des duels. Mais où l'on rechercherait en vain un mythique vainqueur. "J'ai mis devant toi la Vie et la mort, choisis la Vie afin que tu vives" enjoint Dieu à Moïse. Les différends engendrent les meurtres, les fratricides, les guerres. Je veux la différence pour paradigme, ce παράδειγμα qui réalisant l'impossible, jette un pont entre l'individuel et l'universel et me permet de dire que ma différence est le lien que je tisse entre nous .

dimanche 21 septembre 2008

Lettre à Gisèle, mon Elise à moi...

Une fois n'est pas coutume, je vais répondre à la terrasse du Kiosque à l'un visiteurs du Jardin Exotique. Ils 'agit d'une femme, une ancienne copine de fac qui m'adressa un premier mail le 7 avril. Quinze jours plus tard je partais pour la Chine où j'allais être témoin d'un événement effroyable.
Le texte qui suit ne comporte volontairement et par souci du respect de la vie privée aucune mention permettant d'identifier ou de localiser son destinataire premier.

Pourquoi m'as tu écris ? Par pitié dans doute. A cause du blog. Tu avais retrouvé celui qui t'a amené vers le Christ, qui maintenant a le sida et qui le raconte. Et tu m'as rendu la monnaie de ma pièce. Petite monnaie. La pitié est un sentiment vulgaire. Ce n'est pas la compassion, à laquelle nous invitent autant les enseignements de Jésus que ceux du Bouddha.

Tu m'as souhaité bon voyage quand au printemps je partais en Chine.
J'y suis resté un mois. Au Sechuan précisément, où le 12 mai en début d'après midi la terre trembla. Séisme de forte intensité: 8 sur l'échelle de Richter. Ça a duré pile trois minutes et ça a fait 80 000 morts. Une catastrophe naturelle sans précédent.
T'es tu inquiétée au sujet de ton vieux copain? Non car tu n'as plus jamais écris. Je me rappelle donc à ton bon souvenir.
En plus de ne pas être mort du sida, j'ai été épargné par le plus grand tremblement de terre de l'histoire. Je suis à peu près certain que tu y vois un signe, la main de Dieu! Tu peux louer le Seigneur, chanter en langues et lui adresser des Alleluia devant ton ordinateur autant que tu veux. Le ridicule ne tuant pas, tu t'en sentiras très bien. Et d'autant mieux que nous sommes dimanche et que tu es allée dans ta salle Pentecôtiste. Et sur ta chaise tu n'as probablement pas pensé à la Chine. C'est beaucoup trop loin! Et tellement loin, que ça n'existe pas autant que le royaume des cieux. Encore moins que l'enfer.

Tu m'as écris aussi parce que, en lisant mon blog, tu réalisé que je n'étais plus tout à fait celui que tu as connu, que j'avais pris mes distances avec les églises et la foi. Tu m'as donc
forwardé cette "Lettre du Père". Sait on jamais, le tendre souvenir d'une amie resurgie du passé pourrait ramener la brebis égarée dans le troupeau... Tu as nourri une illusion. Avec d'autres peut-être ça marche. Pas avec moi.
Croyais tu que j'avais oublié le bon vieux message du salut par le Christ?
Non. J'ai jeté le bébé mais j'ai gardé l'eau du bain! Sais tu qu'il m'arrive d'aller dans des librairies évangéliques? Eh bien oui! Je me tiens informé et je connais toutes les nouvelles tendances de ces milieux que j'ai fréquenté. Ainsi j'ai pu remarquer qu'on ne tenait plus tout à fait le même discours sur l'homosexualité. et que toute une littérature relative au sida avait fait son apparition en raison de la présence croissante de personnes originaires d'Afrique dans les églises et touchées hélas par la maladie. J'observe aussi qu'on trouve toujours les grands classiques principalement américains, parfois réadaptés selon les besoins du moment. Dans l'ensemble et sur la doctrine rien n'a changé. Tu vois je suis parfaitement au courant.
C'est en revanche dans les tracts que distribuent de zélés prosélytes que je note les changements les plus radicaux. Outre un grand pas en avant dans la niaiserie, et bien plus que par le passé, c'est en agitant la menace terrifiante de l'enfer que de plus en plus l'on tente de convertir. Parfois c'est même carrément gore; petits dessins à l'appui pour ceux qui ne sauraient pas lire. Je me suis mis à collectionner ces prospectus. Je ne puis résister à te livrer une petite anecdote qui à défaut d'être savoureuse vaut son pesant de cacahuètes.
Cela se passe un après midi de semaine à deux pas du Forum des Halles. Place des Saints Innocents (le lieux ne pouvait pas mieux être choisi) un homme de couleur proclame l' Évangile "selon notre Seigneur Jésus Christ et patata".
Je m'approche de cet homme dont les lointains ancêtres animistes (eux des gens sains) doivent se retourner dans leur tombe. Il me donne fort aimablement un petit tract que je lis et se propose de m'offrir un évangile de Jean.

-Non merci pas l'Evangile, je le connais très bien.
-Vous avez lu la Bible?
-Oui Monsieur.
-Vous ne voulez vraiment pas prendre l'Evangile, vous savez c'est la Bonne Parole.
-Oui je sais. Vous êtes de quelle église?
-Je ne suis d'aucune église, moi je suis Chrétien.

Mon âme au diable si ce bonhomme n'est pas pentecôtiste. Je continue donc ce dialogue si bien engagé.

-Allez allez! On est pas chrétien comme ça tout seul sur son petit banc. Vous allez bien quelque part le dimanche matin?

-Oui je vais louer le Seigneur!
-Ça je sais, mais où précisément?

Pour aller plus vite je donne quelques adresses que je connais bien. L'homme de couleur confesse alors avec enthousiasme qu'il est pentecôtiste. Pour mon âme, le diable attendra encore un peu.
-Mais vous savez je connais très bien, j'en ai fait partie. J'ai eu le baptême de l' Esprit et tout et tout.
-Et vous n'en faites plus partie présentement?
Il convient à ce point de la conversation d'être le plus évasif possible.
-Non.
-Plus du tout?

-Plus du tout!

-Vous n'êtes plus chrétien?
-Non.

Et c'est par ces mots prononcés avec le plus grand détachement, qu'il conclut notre échange:
-Alors vous irez dans l'océan de feu!
Je me suis demandé un moment où était passée la Miséricorde Divine. Restée chez les cathos sans doute: pour eux l'enfer est simplement la séparation d'avec Dieu. Ce qui est une position théologique tout à fait honnête. J'arrête ici ma petite histoire.

Depuis ton premier mail je n'ai cessé de me demander pourquoi tu m'avais écris et surtout mis tant d'énergie pour me retrouver. Il fallait le faire et ce ne dut pas être chose si rapide...
Là je miserai bien que ce n'est plus seulement la pitié et les bons sentiments -s'il en est- qui ont été le moteur.
Mais l'ennui.
Il est rare que la vie de la fameuse ménagère de moins de cinquante ans soit des plus palpitantes. Entre le mari parti travailler et les gosses qui reviennent de l'école c'est souvent l'ennui que l'on partage entre les courses et les tâches domestiques. La mère de famille ne peut pas comme ça aller en Chine, ni même à Londres, Madrid, Venise où Bruxelles. Le mari ne comprendrait pas et de toutes façons qui s'occuperait des enfants et sortirait le chien? Elle reste bien sagement à la maison, comme la chèvre à son piquet, le piquet n'étant pas matériellement indispensable. Alors on surfe sur le net à défaut d'aller le faire sur l' Océan Pacifique. Et comme sur le net on ne sait pas toujours très bien où aller on se retourne vers le passé. Quand rien n'avait commencé, quand la vie s'offrait à soi comme une terra icognita riche de promesses et qu'il fallait explorer comme le pays de tous les possibles. Ce temps révoqué à tout jamais où l'on avait que des amis et des amants, que des projets et pas encore de bilans.
Et c'est là le plus souvent que nous commettons nos erreurs.
Gisèle ne sais tu pas qu'il ne faut pas se retourner sur son passé, regarder en arrière? C'est pourtant dans la Bible que tu lis tous les jours. Regardes! C'est là où (tiens c'est drôle) on parle de Sodome et Gomorrhe. La statue de sel c'est toi!

Je t'ai amené au Christ. J'ai converti quelqu'un. C'est rare et tant d'autres comme mon africain du quartier des Halles, souhaiteraient pouvoir le faire et malgré tous leurs efforts n'y réussiront jamais Je n'imiterai donc pas cet homme en essayant de déraciner ce que j'ai semé pour le remplacer par autre chose; loin de moi over loin
l'envie de t'emmener vers d'autres rivages.
J
'aimerais cependant que tu ne soit pas complètement sotte! Il est une maladie plus grave que le sida qui touche notre époque: le fondamentalisme. Islamistes et Pentecôtistes même trip! Hélas.
Tu crois que la Bible est la Parole révélée de Dieu. Les pasteurs répètent à l'envie "Seigneur ta Parole est la Vérité". La Parole s'est transmise oralement. Longtemps. Puis a été mise par écrit. Très tôt mais pas tout de suite. En des temps où l'on avait pas encore inventé la photocopieuse ni le copier/coller de nos ordinateurs. Dieu s'est donc servi d'un véhicule incertain pour nous transmettre Son Message.
Aussi pour conclure vais-je citer un extrait d'Odon Vallet.
" (...) les rapports entre écriture sainte et discours religieux sont fort complexes. Jésus affirme que "pas un iota de la Loi ne sera effacé" (Mathieu, 5, 18) et cette allusion à la plus petite lettre de l'alphabet grec (équivalent du yôd en hébreu) semble une invitation à un respect scrupuleux du texte biblique. Or celui-ci comporte un nombre élevé de variantes dues à des modifications plus ou moins substantielles du texte, volontaires ou parfois involontaires et parfois appelées "fautes de copistes". Non seulement il existe plusieurs récits d'un même événement (deux récits e la Création dans la Genèse, quatre récits de la Passion dans les évangiles) mais encore chaque version de ces événements comporte des différences selon les manuscrits, la plupart mineures mais certaines fort importantes: de nombreux textes antiques de l'Evangile de Marc s'arrêtent à la visite des femmes au tombeau du Christ tandis que d'autres évoquent les apparitions de Jésus ressuscité. Ce que nous lisons aujourd'hui sous le nom de Bible est donc le résultat d'une comparaison entre plusieurs dizaines de sources écrites et d'un consensus entre des générations de biblistes".
La plus ancienne trace écrite connue à ce jour du Nouveau Testament est un fragment de papyrus découvert en Egypte en 1920 de la taille d'une carte de crédit. Fragment très partiel et lacunaire de quelques versets de Jean relatifs au procès de Jésus par Pilate . Il est conservé maintenant à Manchester. Sa datation se situe entre 100 et 175 de notre ère. Et rédigé en grec. Une langue ignorée de Jésus qui ne parlait qu'araméen.
Le texte définitif de la Bible, le Canon n'a été arrêté que tardivement, plus de trois siècles après la crucifixion.


lundi 7 juillet 2008

SOS Hétérofolie



L' extrême droite est homophobe, c'est un truisme et je ne vous apprendrai rien.
Récemment un article de Citegay se faisait l'écho indigné d'un blog extrémiste d'obédience catholique particulièrement nauséeux sur lequel, à ce jour, on ne dénombre pas moins de 265 articles sur le monde gay, classés sous la rubrique SOS Homofolie. SOS Homofolie est aussi le nom d'un autre site catholique qui se prétend être celui "de la famille et du bon sens". Avec pour slogan Touche pas à mes gosses, assorti de ce mot d'ordre Non à ceux qui veulent pervertir nos enfants! Ce site a la bénédiction du Père Daniel Ange de Maupeou, figure éminente du Renouveau Charismatique, fleuron de l'Église. Nous y reviendrons plus bas.Ces sites ne seraient qu'une vague curiosité de la toile si ce n'était qu'ils mobilisent leurs lecteurs et leurs sympathisants de façon redoutable en les invitant à assaillir de pétitions, de courriers l'ensemble des élus pour réclamer l'abrogation du Pacte Civil de Solidarité et le retrait de tous les projets de lois favorables à la reconnaissance de droits aux personnes LGBT. Pour avoir fréquenté durant ma carrière journalistique de très nombreux élus et responsables politiques , j'ai pu constater qu'il fallait parfois moins de dix lettres protestataires pour semer la panique dans les cabinets de nos édiles. Ceux-ci sont particulièrement sensibles au récriminations que leurs conseillers examinent à la loupe, car ils n'ont pas tant le souci de plaire à l'électeur potentiel que l'angoisse de lui déplaire et de perdre sa précieuse voix!Les pseudo défenseurs de la famille et de l'enfance, de Lionel Jospin à Benoit XVI, usent d'une stratégie bien rodée, blindée d'arguments fondés sur la notion de loi naturelle.Loi naturelle. Il n'y a pas pire oxymore. Vous connaissez la loi de la nature, c'est la loi de la jungle! Où le plus fort bouffe le plus faible. A l'argument fallacieux de la loi dite naturelle, j'oppose donc celui de la Culture, fondement des sociétés humaines.Pour l'homophobe de base la personne homosexuelle est soit un malade, un déviant ou un pervers. Tout ce que le IIIème Reich a défini sous le mot Untermensch. Étant un sous homme, vous êtes donc aussi un sous citoyen. Ça nous l'avons connu longtemps, jusqu'à ce que François Mitterrand se déclare en faveur de la dépénalisation de l'homosexualité.Pour l'homophobe militant les couples de personnes de même sexe ne sont pas des couples. Sur les sites mentionnés plus haut le couple, qu'il soit ou non marié, est constitué d'un homme et d'une femme. Vous êtes donc juste une "paire homosexuelle", sans droit à la visibilité. Et moins encore à une quelconque forme de reconnaissance. Restez dans l'alcôve et tenez vous en strictement à la sphère privée. "Sodome tais toi!" était l'injonction sans appel du journaliste d'extrême extrême droite, Jean Silve de Ventavon. La vie conjugale est le domaine réservé de l'hétéro bien formaté.Pour l'homophobe militant, la famille c'est encore celle de la célèbre devise vychiste du Maréchal Pétain. Exit donc les mères célibataires, les familles monoparentales ou recomposées.Enfin pour l'homophobe militant ou de base, il faut UN homme et UNE femme pour faire un enfant. Mais là, aujourd'hui, de fait, les choses se compliquent quelque peu. Combien de couples en mal d'enfant ne font-ils maintenant appel à une tierce personne? Adoption, procréation médicalement assistée, don de sperme, d'ovocytes, mères porteuses... Et l'on parle déjà de clonage.Pour l'homophobe toutes catégories confondues, l'homoparentalilté, par procréation ou adoption, c'est non! Un enfant a besoin d'un père ET d'une mère. Je vous épargnerai les multiples cas de figures possibles de l'homoparentalité... Mais de toute façon l'argument du binôme papa-maman obligatoire pour adopter ne fonctionne pas en droit français, puisqu'une personne célibataire peut adopter un enfant. Quand à l'éducation de la progéniture, papa et maman sont de moins en moins aptes à y suffire tout seuls. Il faut la puéricultrice, les dames de la crèche, la nounou, la jeune fille au pair, la baby-sitter, le pédagogue, le pschychologue scolaire, le conseiller principal d'éducation, le conseiller d'orientation, le surveillant... et quelquefois même le juge pour enfants! Ça fait beaucoup de monde.Pour l'homophobe, l'homoparentalité représente une menace pour l'enfance. SOS Homofolie soutient qu'il s'agit d'une déviance conduisant "dans le meilleur des cas à des vies sans lumière et si souvent bien au pire!".
Ne jouons pas avec les mots: une vie sans lumière est être gay ou lesbienne. Sur ce point là, on ne peut que leur donner raison: il n'est pas gai d'être gay dans la jungle hétéro-homophobe,c'est même l'enfer assuré! Mais à qui la faute? Et comme de bien entendu, un enfant élevé par un couple de personnes de même sexe sera forcément homosexuel parce que ses parents déviants feront tout pour qu'il le soit. Si l'axiome était exact, il ne devrait y avoir aucun homosexuel puisqu'un couple hétérosexuel normalement constitué engendre inévitablement un enfant hétérosexuel. C'est bien connu nous avons tous et toutes sans exception eu de mauvais parents.
Reste le pire. Et là, l'homophobe nous dévoile son vrai visage. Ignoble et immonde. Par le pire il faut comprendre: pédophilie. Si nous voulons des gosses, c'est pour les sauter pardi! Nous sommes tous des Marc Dutroux. Seulement Marc Dutroux est hétérosexuel, marié deux fois et père de famille. Mais voici le plus beau, la dernière affaire de pédophilie en date a pour cadre la Communauté des Béatitudes, inscrite dans la mouvance du Renouveau Charismatique. Elle rassemble célibataires consacrés (prêtres ou religieuses) ou non ainsi que des couples mariés. En février dernier son "berger" avoue face aux caméras avoir pratiqué, durant une quinzaine d'années, des attouchements sexuels sur cinquante enfants âgés de 5 à 14 ans. Pour vraiment protéger vos chères têtes blondes des vilains pédophiles, commencez donc par les éloigner du curé!
L'extrême droite franchouillarde et auto proclamée détentrice des valeurs saines a bon dos de nous asséner des leçons de morale à tout va. Dans les pages des faits divers à la rubrique du vice, elle s'était illustrée lors de la retentissante affaire "Toro Bravo"qui permit de démanteler un réseau international de diffusion de cassettes vidéo à caractère pédophile. Le principal inculpé, diffuseur de ces cassettes pornographiques assez particulières, n'était autre que Michel Caignet, collaborateur de Michel Faurisson et traducteur du livre Le Mensonge d'Auchwitz, ouvrage de l'ex SS Thies Christophersen, la "Bible" du négationnisme. Il est également auteur d'ouvrages richement illustrés de photos d'adolescents alanguis sur les Vanderfogel. Les journaux Le Monde et Libération ont révélé son rôle au sein du Comité de célébration du centenaire d'Adolf Hitler en 1989. Sans doute Jean-Marie Le Pen dira qu'il s'agit là d'un détail... Il est vrai que ce vieillard sénile n'est plus à un détail près.
Les Panthères Roses défilant à la Marche des Fiertés brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: l' Hétérosexualité n'est pas une fatalité!
Je crains que si.

lundi 17 mars 2008

Ma circoncision


Station Faidherbe-Chaligny, direction Ballard. Le métropolitain sort de son tunnel, nous montons en tête. Nous nous asseyons sur les strapontins près des portes. Ligne numéro 8, les rames de modèle MF77 ont la particularité d'avoir en bout de voiture des "coins-salons": deux banquettes en vis à vis, perpendiculaires au sens de la marche. J'ai pu remarquer que souvent c'était le lieu d'élection où s'isolaient les marginaux. Un groupe d'adolescents y a pris place. Vêtus de complets-veston noirs, coiffés de chapeaux à larges bords ou de kippot couleur corbeau, ils ont les tempes garnies de péhot et portent des tsitsith, ce sont des juifs ashkénazes. Ils ne sont pas moins de huit, serrés comme du bétail, les jambes prises dans leurs bagages entassés à leurs pieds. Le tableau évoque irrésistiblement les convois de funeste mémoire.
Nous devenons le point de mire de la petite troupe. L'un de ces très jeunes gens me fixe d'un regard trop appuyé et par trop langoureux, pour ne pas me laisser deviner qu'il est probablement the pink sheep of the family. Mais les autres ricanent, nous narguent de sourires en coin et se chuchotent à l'oreille des propos qu'il valait sans doute mieux ne pas entendre. Triste confrontation de l'étoile jaune et du triangle rose. Ignoraient ils que nous fils de Sodome et eux enfants du Peuple Élu avions pour héritage, un Holocauste en commun? Que "la famille homosexuelle" - pour reprendre l'expression de Nathalie Gassel- avait précédé et côtoyé leurs familles dans les camps de la mort? Amnésie du devoir de mémoire dans cette scène insolite de l'homophobie ordinaire. Nos chemins se séparent à la Bastille, où un ange habillé d'or déploie ses ailes dans le ciel de Paris: le Génie de la Liberté.
En traversant la place me reviennent des souvenirs que j'aimerais mieux ne jamais avoir connus.
C'était en Alsace, dans le village de mon enfance. Ma maison natale était à l'angle d' un carrefour, au croisement de la rue de l'École et de la rue des Alliés. Dans la maison d'en face habitaient nos voisins les Schwob. Pour mon père, polonais naturalisé français, et de l'avis de sa belle-mère, ces gens conjuguaient deux tares: il avaient un patronyme qui dans le dialecte signifie vulgairement "boche" et surtout ils étaient juifs. Un jour, grand va et vient rue des Alliés, limousines élégantes et voitures de maître; nos voisins offrent une réception, on se presse à leur porte.
Quelle folie poussa alors mon père à commettre cet acte insensé? Il ouvrit rageusement les fenêtres, sur l'appui posât les baffles du Pick-up et lança à plein volume un disque de chants de l'armée du Troisième Reich. Tout le quartier résonnait de sinistres "haili haila hailo .hahahahahah". Il était fier et satisfait de lui. Pourtant il se rappelait bien d'avoir vu tout gosse, à Moirans en Montagne, les SS fusiller des otages. Pour l'exemple. Parce que les habitants avaient refusé de dénoncer à la Gestapo des Résistants. J'avais honte.
Ironie du destin, dix ans plus tard mon père demanda à être admis en Franc Maçonnerie. Le soir de son initiation, l'homme qui lui retira le bandeau des yeux et qui solennellement le reconnaissait pour Frère, n'était autre que Monsieur Schwob, le voisin.
Il y a quelques années j'ai interrogé mon père sur la raison de son geste. Monsieur Schwob ne lui avait rien fait. Alors pourquoi? Pourquoi l'odieux? "Par atavisme" me répondit-il". Les polaks n'aiment pas les juifs.
Mon grand-père était né à Częstochowa où la basilique du monastère de Jasna Góra abrite la Vierge Noire. L'image la plus sainte de Pologne et son symbole même. La Vierge Noire connut une histoire mouvementée ponctuée de vols. Son dernier ravisseur était un proche ancêtre de ma grand-mère, qui se plaisait à raconter que son parent repentit demanda à être inhumé sur le chemin du monastère, afin que chaque pèlerin puisse fouler aux pieds son corps méprisable... Une reproduction de l'icône vénérée veillait sur le lit conjugal et les amours de mes grands-parents. Balbine était catholique et Léopold était communiste. Il n'allait jamais à l'église, sinon pour les baptêmes, les communions, les mariages et les enterrements. Et de même -j'en ai eu la révélation tout récemment- une fois l'an, se rendait à la synagogue où son fils, mon père, devait l'accompagner...
A sa retraite, mon grand-père n'eut d'autre souci que d'honorer la mémoire de ses parents et d'offrir à leurs dépouilles une tombe digne de sa réussite d'émigré. Je me souviens d'en avoir vu une photo prise lors de son dernier voyage au pays de nos racines. Longtemps j'ai ignoré où se trouvait cette tombe où j'aurais aimé rapporter ses cendres et si elle existait encore.
Internet m'a appris où exactement elle se situait. Et je l'ai dit à mon père, avant que la maladie d'Alzheimer ne lui ôte toute sa conscience et le prive d'un ultime remord.
Elle n'a pas disparu et se dresse toujours à Częstochowa.
Dans un cimetière juif.

lundi 10 mars 2008

Petits secrets des urnes


Hier votation, comme disent nos amis helvètes auxquels je souhaite bien le bonjour.
Les élections, à plus d'un titre, ne manquent pas de charme. L'on retourne à l'école communale qui évoque mille menus souvenirs de ses années d'enfance: le bonnet d'âne, les bleus des bagarres dans la cour de récréation, la classe qui, ainsi que s'en rappelle Jean Cocteau dans son Livre blanc "sentait le gaz, la craie et le sperme"... Lors des élections municipales dans l'espace du repos dominical, le microcosme devient macrocosme et le plus humble village prend l'allure d'un État à lui seul...
Privilège des citoyens matinaux, nous sommes invités à participer au dépouillement du scrutin. Rien de bien palpitant au programme télévisé de ce dimanche 9 mars, nous acceptons.
Vingt heures rue Titon au bureau numéro 25, nous voici Bruno et moi, très officiellement désignés scrutateurs, ainsi que deux personnes du beau sexe. Parité exemplaire et assez représentative de notre quartier: une femme divorcée (la quarantaine, mère d'un enfant) , une jeune lesbienne sympa (écolo et branchouille, au cheveu court) et un couple bobo de pédés (séro-discordants, d'âge moyen, sans chien, ni amants). Ambiance bon enfant, nous bavardons comme des élèves bien sages en attendant l'arrivée des petites enveloppes bleues. Premier sujet de la conversation: les bulletins nuls.
-Si on trouve un billet de 200 euros on fait quoi?
-On sort immédiatement faire de la monnaie et on partage!
Puis l'un(e) de nous fit remarquer -et je l'ai vérifié ce matin- que dans la liasse distribuée aux électeurs, les professions de foi et bulletins des listes du Maire de Paris avaient été séparés des autres.
Il y eut un soir, il y eut un matin, l 'urne de plexiglas est vide. Le dépouillement proprement dit peut débuter. C'est un peu réglé comme une partie de bridge qui se jouerait en diagonale: j'ouvre l'enveloppe, déplie le bulletin et le passe à ma voisine qui en vérifie la conformité puis annonce le nom choisi par le votant, nos deux petits camarades notent ensuite chacun les résultats. Rapidement la liste Delanoë marque un pas d'avance et Patrick Bloche (qui fut coauteur et rapporteur de la proposition de loi relative au Pacte civil de solidarité-PACS) semble se placer largement en tête. Je sens que Claude-Annick Tissot va se ramasser la fessée... Satisfaction aussi de constater que le Front National va lui encore aggraver sérieusement son déficit et vider un peu plus sa tirelire, il ne récoltera pas dix voix dans notre bureau.
Si les votes blancs et nuls peuvent être considérés comme "des formes politiques de non choix ", les premiers ne sont pas reconnus comme vote exprimé et les seconds le sont pour ce qu'ils sont: nuls. Fait intéressant et que j'ignorais, les uns comme les autres sont méticuleusement collectés. Les blancs (enveloppes vides, bulletins déchirés ou rayés) sont comptabilisés. Mais chose plus inattendue et surprenante, les scrutateurs doivent ranger avec soin les bulletins nuls, selon leur nature, par catégories. Et il y en a plus d'une dizaine!!! Preuve que rien n'échappe à l'administration et que dans notre beau pays, la France, si le pouvoir change de mains, l'imagination indubitablement reste toujours au pouvoir.
Ainsi hier soir ai-je un peu pénétré les arcanes secrètes des urnes et percé quelques mystères de l'isoloir.
S'il y a -pour qui en douterait encore- un signe tangible de la fameuse et fumeuse "exception française", c'est bien là qu'on le trouve. Dans la variété infinie des bulletins nuls. Et on y trouve de tout, du plus ingénieux au plus vulgaire. L'électeur masqué, qui non sans malice a remplacé son bulletin par un ticket de Kéno et que je remercie de m'avoir permis de détendre mes muscles zygomatiques, soit assuré d'avoir fait passer son message: les élections sont une grande loterie nationale. Reçu cinq sur cinq, mais auprès de quatre personnes seulement. Gageons que dans l'hexagone d'autres scrutateurs fatigués auront pu rire encore plus que nous, en découvrant des mots d'humour, des graffitis obscènes, des photos coquines ou pornographiques et que quelques uns se seront outrés -ou ravis- de croix gammées et de feuilles de papier hygiénique... Mais quel travail ! Chacun de ces bulletins insolites et incongrus doit être remis dans son enveloppe, qu'il faut annoter selon la catégorie à laquelle il appartient (et qu'il n'est pas toujours aisé de déterminer, car quoique précis, le langage du législateur qui en a défini les termes, demeure -lui- sobrement administratif) et que les quatre scrutateurs doivent contresigner. Les bulletins nuls rejoignent les blancs dans une plus grande enveloppe, qui sera cachetée et à son tour contresignée. Il ne faut pas s'étonner alors que l'annonce des délibération, ici ou là, se fasse attendre...
Qui sait... Cette semaine, dans quelque bureau... Place Beauvau peut-être... Un fonctionnaire exercera sa sagacité pour établir des statistiques que le citoyen ordinaire ignorera à jamais.
Alors en 2012 votez! Ou ne votez pas. Maintenant en vérité, je sais, Le Pouvoir n'est pas sourd, il écoute les silences.

lundi 3 mars 2008

Bareback Mountain

Dans une interview à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur mon médecin traitant, le docteur Myriam Kirtstetter déclarait: "Ce qui ne fonctionne plus, ce sont les messages de prévention. L'impact des associations et des pouvoirs publics sur la prise en compte du sida dans notre société n'est plus assez fort". La prévention capote. Les campagnes d'information des diverses associations de lutte contre la maladie sont aujourd'hui inefficaces. L'an dernier 81% des jeunes français entre 18 et 24 ans disaient avoir peur du sida, mais il étaient à peine 10% à avoir fait le test de dépistage. Les messages ne passent plus. Mais cela les acteurs de la prévention veulent l'ignorer et lorsqu'on les interpelle sur cette douloureuse question, ils n'ont d'autre souci que trouver des mots pour justifier leurs politiques obsolètes. L'idée qu'il leur faudrait revoir leur pédagogie ne les effleure même pas.
Le Ministre de la Santé, ne cache pas son inquiétude vis-à-vis des populations les plus touchées par l'épidémie et en premier lieu, les homosexuels. Selon Roselyne Bachelot "la seule population pour laquelle on n'observe pas de diminution des nouveaux diagnostics de contamination". En effet, plus d'une découverte sur quatre concerne une personne contaminée par rapports homosexuels. A ce constat Madame Bachelot ajoute que les prises de risques conscientes sont nombreuses. La pratique du bareback s'est banalisée. Petit exemple. Sur les 36800 membres d'un sex club en ligne, 7343 individus négocient le port du préservatif, 1635 d'entre eux recherchent des rapports non protégés et 289 acceptent uniquement ceux là. Un récent communiqué de l' Institut de Veille Sanitaire conclut avec optimisme que "la diffusion des nouvelles associations d'antirétroviraux, dans la population des séropositifs, a eu pour conséquence une diminution importante du nombre de nouveaux cas de sida et de décès". Une nouvelle qui n'encourage guère à la vigilance. Pourtant la pandémie continue à tuer plus de 5.700 personnes chaque jour. Sur les 46000 cas de sida déclarés dans l'hexagone depuis le début l'épidémie environ 20000 personnes seraient encore en vie. Ces chiffres permettent-ils vraiment de crier victoire et d'affirmer sans honte qu'aujourd'hui on ne meurt plus du sida?
Aujourd'hui on ne meurt plus du sida. Parait-il. Ce n'est qu'une demi vérité et ce qui est à moitié faux reste un mensonge. Pieux mensonge, pour que leurs chers patients ne vivent pas dans la hantise et l'angoisse, que l'on entend de la bouche des médecin eux mêmes. Et le mien n'y échappe pas. Car de la mort dans notre société occidentale moderne qui place l'enfance et le jeunisme au sommet des valeurs suprêmes, on ne veut pas en parler. Comme le dit si bien Jean Clair dans un petit livre dont je viens de terminer la lecture, "à l'entrée dans la vie l'escalier est d'honneur, mais la sortie est dérobée". Exit donc les cortèges funèbres et leurs pompes. Vient-on à apprendre un décès qu'aussitôt l'imbécile vous lance the show must go on!. C'est comme si la mort n'existait pas. Nous avons balayé bien des tabous, mais pas celui-là. Ainsi que l' écrivait une des mes amies, évoquer la mort est parfaitement obscène!
Dans une bande-dessinée de de Ralph Kônig, Paul Padach demande:"Vouloir rester jeune et en bonne santé, s'amuser et baiser !! Et tout ça pour l'éternité !! Est-ce donc trop demander ?". Aujourd'hui Paul peut être rassuré: Oui c'est possible! Selon une étude suisse les séropositifs sous traitement à charge virale indétectable sont non contaminants. Un nouvel espace de plaisir s’ouvre aux couples sans distinction, qu'il soient sérodiscordants ou non. Et le langage des acteurs de la prévention fleurit de nouveaux termes tels que, traitement post ou pré-exposition, réduction des risques et sécurité négociée... Résolument nous vivons une époque moderne et le progrès ne s'arrête jamais. La sottise non plus. Nous apprenions l'an dernier qu'une autre étude, menée par des scientifiques d'outre atlantique, aurait démontré que les hommes circoncis avaient moins de risques de contracter le virus HIV que ceux qui ne l'étaient pas. L'étude toutefois ne précisait pas la nature exacte des pratiques sexuelles de ces personnes. Faisons nous donc circoncire comme Dieu l'a commandé à Moïse... et advienne que pourra.
J'avais du mal à l'admettre, mais c'est bien l'arrivée des trithérapies qui a engendré le triste phénomène du bareback. Un correspondant anonyme m'écrivait la semaine passée; " Chacun choisit sa vie comme il en a envie. Le seul bémol c'est qu'il faut prendre des antirétroviraux. Mon plaisir c'est de baiser des lopes noKapot au jus. Quand tu arrives à un âge moyen proche de la cinquantaine, il faut se lâcher complètement". En objet de son mail il avait mis ce "c'est mon choix" qu'au nom de la liberté de l'individu, si souvent on m'a jeté à la figure comme une tarte à la crème...Son toubib, comme le mien, lui avait dit -bis repetita- qu'on ne meurt plus de la maladie des damnés d'amour. Personnellement je reste dans le doute et je crois plus sage de m'y tenir. Et j'ai interrogé Myriam Kirstetter après le décès d'Arnaud Marty Lavauzelle en lui demandant pourquoi elle m'avait dit lors d'une consultation "on ne meurt plus du sida aujourd'hui". Sa réponse m'a laissé sans voix. "Mais il était malade depuis très longtemps" me dit-elle. Depuis vingt ans en effet. Champagne pour tout le monde! J'ai encore probablement une belle douzaine d'années devant moi. Il y a donc bien toujours et encore une dead line. La vie n'est pas un long fleuve tranquille mais une maladie mortelle sexuellement transmissible. On ne guérit pas.

jeudi 28 février 2008

Lettre d'Exil (extrait)

Récit plastique, le dernier livre de l'écrivain et photographe belge d'expression française Nathalie Gassel, vient d'être publié aux éditons du Somnambule Équivoque. L'auteur me fait l'insigne honneur d'en être le dédicataire. Dans cet ouvrage on trouve cette terrible image de moi, que plus qu'un portrait je considère comme une métaphore de ce que le philosophe Gilles Deleuze nommait "le devenir juif". Cette photographie a été prise un jour d'hiver dans la banlieue industrielle de Charleroi.


On vient de m'informer que le Musée de la Photographie de Charleroi, l'unique établissement du genre de la zone francophone, refusait de mettre ce livre en vente dans sa librairie (curieusement baptisée art shop). Nul n'est prophète en son pays...Voici ce que j'ai écrit à celle que j'appelle Ma bien Aimée.
"C'est évidemment avec un certain désappointement que j'ai lu la phrase sibylline de cette dame du musée de Charleroi:"Après consultation, il s’avère que, malheureusement, le musée n’est pas intéressé par l’acquisition de ce dernier pour la vente au sein de son artshop." Et qui m'a laissé songeur... Ma paranoïa me porte à penser que notre photo y serait peut-être pour quelque-chose. Que l'on puisse impunément déloquer un homme sur une voie ferrée du Hainaut et s'en vanter aura probablement déplu. Et plus encore l'intention iconoclaste d'avoir voulu le faire sur la place des Martyres à Bruxelles, haut lieu de célébration de l'identité nationale. Tout cela est politiquement incorrect. En notre curieuse époque ce ne sont plus les artistes qui font l'art, mais les conservateurs, les commissaires et les curateurs. L'usage même de ces mots hideux montre bien les extrémités dernières où nous voici rendus. Et je ne puis au fond de moi réprimer une humeur atrabilaire et imagine que nous sommes les derniers spécimen d'une espèce en voie d'extinction, les amateurs d'art, ceux qui aiment l'art. Les édiles de la scène culturelle nous relèguent à l'amateurisme".