mardi 12 février 2008

Jesus is Gay



"Vous tous qui avez été baptisés en Christ


Vous avez revetu le Christ"


Epitre aux Galates


C'est sur le blog de l'un des charmants visiteurs de mon Jardin Exotique -que je salue au passage- que j'ai découvert ce petit clip. Ces trois minutes résument ce qu'a été ma vie, voici trente ans. J'étais pareil à ce garçon. Partagé entre la foi et le désir, voulant être un ange et refusant ma part d'humanité, rêvant d'une impossible chasteté. Tout y est au détail près. Le dimanche matin j'assistais à la messe à Saint Leu-Saint Gilles et l'après-midi j'allais draguer sur la terrase du bord de l'eau au jardin des Tuilleries. J'aimais les hommes bruns qui ont les yeux bleus. Une de mes rencontres d'un soir, me déroba le chapelet de nacre bleutée que j'avais reçu des mains de Jean-Paul II . Je vivais mal, douloureusement, ma différence. Il y avait sur moi la chape, combien pesante, de la culpabilité. Et ce sentiment bien ancré du péché, le pire des poisons. Mal dans ma peau, j'ouvrais mon coeur à quelque prêtre. Il recevait ma confession et me donnait l'absolution.Une délivrance éphémère.


Chaque semaine, le mardi, je participais à une réunion de prière du Renouveau Charismatique. Un courant au sein de l'Eglise, inspiré en droite ligne du Pentecôtisme, un mouvement religieux protestant apparu aux Etats-Unis au début du XXème siècle qui acorde une large place au Saint-Esprit, aux charismes et plus particulièrement au don de guérison. C'est dans ce mileu que je connus une expérience incroyablement singulière: l'Exorcisme. Cela s'est déroulé en petit comité, avec un prêtre et quelques bonnes soeurs de l'Ordre Dominicain. Il y eut des prières, l'imposition des mains et l'onction des malades dans une ambiance mystique fort impresssionnante. Et j'entendis ces mots: "Au Nom de Jésus, j'ordonne au Démon de l'homosexualité de sortir de ce corps!". Envahi de sanglots, je fus plongé dans une sorte d' état cateleptique. Quand tout fut achevé, une religieuse, Soeur Thérèse, me prit à part, me dit qu'il fallait maintenant que je grandisse dans l'Esprit. J'étais invité à suivre un cycle de formation intitulé "De la sève au fruit". Je m'y suis donc rendu et ce fut le début de ma délivrance. Mais pas comme l'avait imaginé Soeur Thérèse.


J'étais à l'heure au rendez-vous convenu dans un couvent d'une banlieue cossue de la capitale. Nous étions très nombreux, répartis en petits groupe de parole. Chacun disait son témoignage qu'écoutait calmement un animateur. En l'ocurence une dame, qui ne m'était pas inconnue et à laquelle on prêtait le "don de prophétie". J'étais tout ouï à ce que racontaient mes petits camarades. Une jeune femme, que la Providence n'avait pas comblée de beauté, fit un récit loufoque. Elle prétendait avoir rencontré un ange d'une grâce insigne, vêtu d'un costume vert et conduisant une voiture de sport de la même couleur. Je fus saisi d'un irrepressible fou rire! "Non ce n'est pas ce que tu crois, me disait cette malheureuse, c'était vraiment un ange, pas un type qui me draguait". En effet, qui donc voudrait faire du plat à un pareil laideron... Et je riais de plus belle! Mais elle insistait pathétiquement, ce qui ne faisait que redoubler mon hilarité. "Mais si, mais si c'était un ange". Et je lui demandais si, à défaut d'autre chose, elle avait vu ses aîles. Je n'ai jamais tant ri de ma vie. Et là, en moi-même je me suis dit: "tu es tombé chez les fous". Il fallait à tout prix que je m'éloigne de ces gens, rompre les ponts, tirer un trait final sur cette vie de débiles. Et le dimanche suivant je ne suis pas retourné à l'église, ni le mardi aux réunions de prière. Ite missa est. Pour moi la messe est finie.

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Epilogue. Un après-midi de novembre je suis allé au hamman de la Mosquée de Paris. Dans la brume moite du bain de vapeur, je remarquais un homme assis, une montre à son poignet. "Il fait bien humide ici. Vous ne craignez pas d'abimer votre montre ?". Nous discutames jusqu'au soir. Il était intelligent, il était beau. Il se nommait Bruno. Dans le métro, avant de nous quitter, nous avons échangé nos numéros de téléphone. Ce fut lui qui appella. Il y a longtemps le Père Juan Miguel Garrigues, un des ces intellectuels brillants que compte encore l'Eglise, m'avait donné ce conseil du coeur: "Surtout Alexandre, ne t'interdit jamais d'aimer". Bruno habitait à un petit kilomètre de chez moi, dans une rue près du parc Monceau. Je l'invitais à venir prendre un verre. Je me souviendrai toujours de cette bouteille de Chateau Kirwan que nous bûmes dans le froid sur la moquette rouge de mon studio. Ne t'interdit pas d'aimer... Nous nous aimons depuis 22 ans.