Dans une interview à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur mon médecin traitant, le docteur Myriam Kirtstetter déclarait: "Ce qui ne fonctionne plus, ce sont les messages de prévention. L'impact des associations et des pouvoirs publics sur la prise en compte du sida dans notre société n'est plus assez fort". La prévention capote. Les campagnes d'information des diverses associations de lutte contre la maladie sont aujourd'hui inefficaces. L'an dernier 81% des jeunes français entre 18 et 24 ans disaient avoir peur du sida, mais il étaient à peine 10% à avoir fait le test de dépistage. Les messages ne passent plus. Mais cela les acteurs de la prévention veulent l'ignorer et lorsqu'on les interpelle sur cette douloureuse question, ils n'ont d'autre souci que trouver des mots pour justifier leurs politiques obsolètes. L'idée qu'il leur faudrait revoir leur pédagogie ne les effleure même pas.
Le Ministre de la Santé, ne cache pas son inquiétude vis-à-vis des populations les plus touchées par l'épidémie et en premier lieu, les homosexuels. Selon Roselyne Bachelot "la seule population pour laquelle on n'observe pas de diminution des nouveaux diagnostics de contamination". En effet, plus d'une découverte sur quatre concerne une personne contaminée par rapports homosexuels. A ce constat Madame Bachelot ajoute que les prises de risques conscientes sont nombreuses. La pratique du bareback s'est banalisée. Petit exemple. Sur les 36800 membres d'un sex club en ligne, 7343 individus négocient le port du préservatif, 1635 d'entre eux recherchent des rapports non protégés et 289 acceptent uniquement ceux là. Un récent communiqué de l' Institut de Veille Sanitaire conclut avec optimisme que "la diffusion des nouvelles associations d'antirétroviraux, dans la population des séropositifs, a eu pour conséquence une diminution importante du nombre de nouveaux cas de sida et de décès". Une nouvelle qui n'encourage guère à la vigilance. Pourtant la pandémie continue à tuer plus de 5.700 personnes chaque jour. Sur les 46000 cas de sida déclarés dans l'hexagone depuis le début l'épidémie environ 20000 personnes seraient encore en vie. Ces chiffres permettent-ils vraiment de crier victoire et d'affirmer sans honte qu'aujourd'hui on ne meurt plus du sida?
Aujourd'hui on ne meurt plus du sida. Parait-il. Ce n'est qu'une demi vérité et ce qui est à moitié faux reste un mensonge. Pieux mensonge, pour que leurs chers patients ne vivent pas dans la hantise et l'angoisse, que l'on entend de la bouche des médecin eux mêmes. Et le mien n'y échappe pas. Car de la mort dans notre société occidentale moderne qui place l'enfance et le jeunisme au sommet des valeurs suprêmes, on ne veut pas en parler. Comme le dit si bien Jean Clair dans un petit livre dont je viens de terminer la lecture, "à l'entrée dans la vie l'escalier est d'honneur, mais la sortie est dérobée". Exit donc les cortèges funèbres et leurs pompes. Vient-on à apprendre un décès qu'aussitôt l'imbécile vous lance the show must go on!. C'est comme si la mort n'existait pas. Nous avons balayé bien des tabous, mais pas celui-là. Ainsi que l' écrivait une des mes amies, évoquer la mort est parfaitement obscène!
Dans une bande-dessinée de de Ralph Kônig, Paul Padach demande:"Vouloir rester jeune et en bonne santé, s'amuser et baiser !! Et tout ça pour l'éternité !! Est-ce donc trop demander ?". Aujourd'hui Paul peut être rassuré: Oui c'est possible! Selon une étude suisse les séropositifs sous traitement à charge virale indétectable sont non contaminants. Un nouvel espace de plaisir s’ouvre aux couples sans distinction, qu'il soient sérodiscordants ou non. Et le langage des acteurs de la prévention fleurit de nouveaux termes tels que, traitement post ou pré-exposition, réduction des risques et sécurité négociée... Résolument nous vivons une époque moderne et le progrès ne s'arrête jamais. La sottise non plus. Nous apprenions l'an dernier qu'une autre étude, menée par des scientifiques d'outre atlantique, aurait démontré que les hommes circoncis avaient moins de risques de contracter le virus HIV que ceux qui ne l'étaient pas. L'étude toutefois ne précisait pas la nature exacte des pratiques sexuelles de ces personnes. Faisons nous donc circoncire comme Dieu l'a commandé à Moïse... et advienne que pourra.
J'avais du mal à l'admettre, mais c'est bien l'arrivée des trithérapies qui a engendré le triste phénomène du bareback. Un correspondant anonyme m'écrivait la semaine passée; " Chacun choisit sa vie comme il en a envie. Le seul bémol c'est qu'il faut prendre des antirétroviraux. Mon plaisir c'est de baiser des lopes noKapot au jus. Quand tu arrives à un âge moyen proche de la cinquantaine, il faut se lâcher complètement". En objet de son mail il avait mis ce "c'est mon choix" qu'au nom de la liberté de l'individu, si souvent on m'a jeté à la figure comme une tarte à la crème...Son toubib, comme le mien, lui avait dit -bis repetita- qu'on ne meurt plus de la maladie des damnés d'amour. Personnellement je reste dans le doute et je crois plus sage de m'y tenir. Et j'ai interrogé Myriam Kirstetter après le décès d'Arnaud Marty Lavauzelle en lui demandant pourquoi elle m'avait dit lors d'une consultation "on ne meurt plus du sida aujourd'hui". Sa réponse m'a laissé sans voix. "Mais il était malade depuis très longtemps" me dit-elle. Depuis vingt ans en effet. Champagne pour tout le monde! J'ai encore probablement une belle douzaine d'années devant moi. Il y a donc bien toujours et encore une dead line. La vie n'est pas un long fleuve tranquille mais une maladie mortelle sexuellement transmissible. On ne guérit pas.
Le Ministre de la Santé, ne cache pas son inquiétude vis-à-vis des populations les plus touchées par l'épidémie et en premier lieu, les homosexuels. Selon Roselyne Bachelot "la seule population pour laquelle on n'observe pas de diminution des nouveaux diagnostics de contamination". En effet, plus d'une découverte sur quatre concerne une personne contaminée par rapports homosexuels. A ce constat Madame Bachelot ajoute que les prises de risques conscientes sont nombreuses. La pratique du bareback s'est banalisée. Petit exemple. Sur les 36800 membres d'un sex club en ligne, 7343 individus négocient le port du préservatif, 1635 d'entre eux recherchent des rapports non protégés et 289 acceptent uniquement ceux là. Un récent communiqué de l' Institut de Veille Sanitaire conclut avec optimisme que "la diffusion des nouvelles associations d'antirétroviraux, dans la population des séropositifs, a eu pour conséquence une diminution importante du nombre de nouveaux cas de sida et de décès". Une nouvelle qui n'encourage guère à la vigilance. Pourtant la pandémie continue à tuer plus de 5.700 personnes chaque jour. Sur les 46000 cas de sida déclarés dans l'hexagone depuis le début l'épidémie environ 20000 personnes seraient encore en vie. Ces chiffres permettent-ils vraiment de crier victoire et d'affirmer sans honte qu'aujourd'hui on ne meurt plus du sida?
Aujourd'hui on ne meurt plus du sida. Parait-il. Ce n'est qu'une demi vérité et ce qui est à moitié faux reste un mensonge. Pieux mensonge, pour que leurs chers patients ne vivent pas dans la hantise et l'angoisse, que l'on entend de la bouche des médecin eux mêmes. Et le mien n'y échappe pas. Car de la mort dans notre société occidentale moderne qui place l'enfance et le jeunisme au sommet des valeurs suprêmes, on ne veut pas en parler. Comme le dit si bien Jean Clair dans un petit livre dont je viens de terminer la lecture, "à l'entrée dans la vie l'escalier est d'honneur, mais la sortie est dérobée". Exit donc les cortèges funèbres et leurs pompes. Vient-on à apprendre un décès qu'aussitôt l'imbécile vous lance the show must go on!. C'est comme si la mort n'existait pas. Nous avons balayé bien des tabous, mais pas celui-là. Ainsi que l' écrivait une des mes amies, évoquer la mort est parfaitement obscène!
Dans une bande-dessinée de de Ralph Kônig, Paul Padach demande:"Vouloir rester jeune et en bonne santé, s'amuser et baiser !! Et tout ça pour l'éternité !! Est-ce donc trop demander ?". Aujourd'hui Paul peut être rassuré: Oui c'est possible! Selon une étude suisse les séropositifs sous traitement à charge virale indétectable sont non contaminants. Un nouvel espace de plaisir s’ouvre aux couples sans distinction, qu'il soient sérodiscordants ou non. Et le langage des acteurs de la prévention fleurit de nouveaux termes tels que, traitement post ou pré-exposition, réduction des risques et sécurité négociée... Résolument nous vivons une époque moderne et le progrès ne s'arrête jamais. La sottise non plus. Nous apprenions l'an dernier qu'une autre étude, menée par des scientifiques d'outre atlantique, aurait démontré que les hommes circoncis avaient moins de risques de contracter le virus HIV que ceux qui ne l'étaient pas. L'étude toutefois ne précisait pas la nature exacte des pratiques sexuelles de ces personnes. Faisons nous donc circoncire comme Dieu l'a commandé à Moïse... et advienne que pourra.
J'avais du mal à l'admettre, mais c'est bien l'arrivée des trithérapies qui a engendré le triste phénomène du bareback. Un correspondant anonyme m'écrivait la semaine passée; " Chacun choisit sa vie comme il en a envie. Le seul bémol c'est qu'il faut prendre des antirétroviraux. Mon plaisir c'est de baiser des lopes noKapot au jus. Quand tu arrives à un âge moyen proche de la cinquantaine, il faut se lâcher complètement". En objet de son mail il avait mis ce "c'est mon choix" qu'au nom de la liberté de l'individu, si souvent on m'a jeté à la figure comme une tarte à la crème...Son toubib, comme le mien, lui avait dit -bis repetita- qu'on ne meurt plus de la maladie des damnés d'amour. Personnellement je reste dans le doute et je crois plus sage de m'y tenir. Et j'ai interrogé Myriam Kirstetter après le décès d'Arnaud Marty Lavauzelle en lui demandant pourquoi elle m'avait dit lors d'une consultation "on ne meurt plus du sida aujourd'hui". Sa réponse m'a laissé sans voix. "Mais il était malade depuis très longtemps" me dit-elle. Depuis vingt ans en effet. Champagne pour tout le monde! J'ai encore probablement une belle douzaine d'années devant moi. Il y a donc bien toujours et encore une dead line. La vie n'est pas un long fleuve tranquille mais une maladie mortelle sexuellement transmissible. On ne guérit pas.