dimanche 21 septembre 2008

Lettre à Gisèle, mon Elise à moi...

Une fois n'est pas coutume, je vais répondre à la terrasse du Kiosque à l'un visiteurs du Jardin Exotique. Ils 'agit d'une femme, une ancienne copine de fac qui m'adressa un premier mail le 7 avril. Quinze jours plus tard je partais pour la Chine où j'allais être témoin d'un événement effroyable.
Le texte qui suit ne comporte volontairement et par souci du respect de la vie privée aucune mention permettant d'identifier ou de localiser son destinataire premier.

Pourquoi m'as tu écris ? Par pitié dans doute. A cause du blog. Tu avais retrouvé celui qui t'a amené vers le Christ, qui maintenant a le sida et qui le raconte. Et tu m'as rendu la monnaie de ma pièce. Petite monnaie. La pitié est un sentiment vulgaire. Ce n'est pas la compassion, à laquelle nous invitent autant les enseignements de Jésus que ceux du Bouddha.

Tu m'as souhaité bon voyage quand au printemps je partais en Chine.
J'y suis resté un mois. Au Sechuan précisément, où le 12 mai en début d'après midi la terre trembla. Séisme de forte intensité: 8 sur l'échelle de Richter. Ça a duré pile trois minutes et ça a fait 80 000 morts. Une catastrophe naturelle sans précédent.
T'es tu inquiétée au sujet de ton vieux copain? Non car tu n'as plus jamais écris. Je me rappelle donc à ton bon souvenir.
En plus de ne pas être mort du sida, j'ai été épargné par le plus grand tremblement de terre de l'histoire. Je suis à peu près certain que tu y vois un signe, la main de Dieu! Tu peux louer le Seigneur, chanter en langues et lui adresser des Alleluia devant ton ordinateur autant que tu veux. Le ridicule ne tuant pas, tu t'en sentiras très bien. Et d'autant mieux que nous sommes dimanche et que tu es allée dans ta salle Pentecôtiste. Et sur ta chaise tu n'as probablement pas pensé à la Chine. C'est beaucoup trop loin! Et tellement loin, que ça n'existe pas autant que le royaume des cieux. Encore moins que l'enfer.

Tu m'as écris aussi parce que, en lisant mon blog, tu réalisé que je n'étais plus tout à fait celui que tu as connu, que j'avais pris mes distances avec les églises et la foi. Tu m'as donc
forwardé cette "Lettre du Père". Sait on jamais, le tendre souvenir d'une amie resurgie du passé pourrait ramener la brebis égarée dans le troupeau... Tu as nourri une illusion. Avec d'autres peut-être ça marche. Pas avec moi.
Croyais tu que j'avais oublié le bon vieux message du salut par le Christ?
Non. J'ai jeté le bébé mais j'ai gardé l'eau du bain! Sais tu qu'il m'arrive d'aller dans des librairies évangéliques? Eh bien oui! Je me tiens informé et je connais toutes les nouvelles tendances de ces milieux que j'ai fréquenté. Ainsi j'ai pu remarquer qu'on ne tenait plus tout à fait le même discours sur l'homosexualité. et que toute une littérature relative au sida avait fait son apparition en raison de la présence croissante de personnes originaires d'Afrique dans les églises et touchées hélas par la maladie. J'observe aussi qu'on trouve toujours les grands classiques principalement américains, parfois réadaptés selon les besoins du moment. Dans l'ensemble et sur la doctrine rien n'a changé. Tu vois je suis parfaitement au courant.
C'est en revanche dans les tracts que distribuent de zélés prosélytes que je note les changements les plus radicaux. Outre un grand pas en avant dans la niaiserie, et bien plus que par le passé, c'est en agitant la menace terrifiante de l'enfer que de plus en plus l'on tente de convertir. Parfois c'est même carrément gore; petits dessins à l'appui pour ceux qui ne sauraient pas lire. Je me suis mis à collectionner ces prospectus. Je ne puis résister à te livrer une petite anecdote qui à défaut d'être savoureuse vaut son pesant de cacahuètes.
Cela se passe un après midi de semaine à deux pas du Forum des Halles. Place des Saints Innocents (le lieux ne pouvait pas mieux être choisi) un homme de couleur proclame l' Évangile "selon notre Seigneur Jésus Christ et patata".
Je m'approche de cet homme dont les lointains ancêtres animistes (eux des gens sains) doivent se retourner dans leur tombe. Il me donne fort aimablement un petit tract que je lis et se propose de m'offrir un évangile de Jean.

-Non merci pas l'Evangile, je le connais très bien.
-Vous avez lu la Bible?
-Oui Monsieur.
-Vous ne voulez vraiment pas prendre l'Evangile, vous savez c'est la Bonne Parole.
-Oui je sais. Vous êtes de quelle église?
-Je ne suis d'aucune église, moi je suis Chrétien.

Mon âme au diable si ce bonhomme n'est pas pentecôtiste. Je continue donc ce dialogue si bien engagé.

-Allez allez! On est pas chrétien comme ça tout seul sur son petit banc. Vous allez bien quelque part le dimanche matin?

-Oui je vais louer le Seigneur!
-Ça je sais, mais où précisément?

Pour aller plus vite je donne quelques adresses que je connais bien. L'homme de couleur confesse alors avec enthousiasme qu'il est pentecôtiste. Pour mon âme, le diable attendra encore un peu.
-Mais vous savez je connais très bien, j'en ai fait partie. J'ai eu le baptême de l' Esprit et tout et tout.
-Et vous n'en faites plus partie présentement?
Il convient à ce point de la conversation d'être le plus évasif possible.
-Non.
-Plus du tout?

-Plus du tout!

-Vous n'êtes plus chrétien?
-Non.

Et c'est par ces mots prononcés avec le plus grand détachement, qu'il conclut notre échange:
-Alors vous irez dans l'océan de feu!
Je me suis demandé un moment où était passée la Miséricorde Divine. Restée chez les cathos sans doute: pour eux l'enfer est simplement la séparation d'avec Dieu. Ce qui est une position théologique tout à fait honnête. J'arrête ici ma petite histoire.

Depuis ton premier mail je n'ai cessé de me demander pourquoi tu m'avais écris et surtout mis tant d'énergie pour me retrouver. Il fallait le faire et ce ne dut pas être chose si rapide...
Là je miserai bien que ce n'est plus seulement la pitié et les bons sentiments -s'il en est- qui ont été le moteur.
Mais l'ennui.
Il est rare que la vie de la fameuse ménagère de moins de cinquante ans soit des plus palpitantes. Entre le mari parti travailler et les gosses qui reviennent de l'école c'est souvent l'ennui que l'on partage entre les courses et les tâches domestiques. La mère de famille ne peut pas comme ça aller en Chine, ni même à Londres, Madrid, Venise où Bruxelles. Le mari ne comprendrait pas et de toutes façons qui s'occuperait des enfants et sortirait le chien? Elle reste bien sagement à la maison, comme la chèvre à son piquet, le piquet n'étant pas matériellement indispensable. Alors on surfe sur le net à défaut d'aller le faire sur l' Océan Pacifique. Et comme sur le net on ne sait pas toujours très bien où aller on se retourne vers le passé. Quand rien n'avait commencé, quand la vie s'offrait à soi comme une terra icognita riche de promesses et qu'il fallait explorer comme le pays de tous les possibles. Ce temps révoqué à tout jamais où l'on avait que des amis et des amants, que des projets et pas encore de bilans.
Et c'est là le plus souvent que nous commettons nos erreurs.
Gisèle ne sais tu pas qu'il ne faut pas se retourner sur son passé, regarder en arrière? C'est pourtant dans la Bible que tu lis tous les jours. Regardes! C'est là où (tiens c'est drôle) on parle de Sodome et Gomorrhe. La statue de sel c'est toi!

Je t'ai amené au Christ. J'ai converti quelqu'un. C'est rare et tant d'autres comme mon africain du quartier des Halles, souhaiteraient pouvoir le faire et malgré tous leurs efforts n'y réussiront jamais Je n'imiterai donc pas cet homme en essayant de déraciner ce que j'ai semé pour le remplacer par autre chose; loin de moi over loin
l'envie de t'emmener vers d'autres rivages.
J
'aimerais cependant que tu ne soit pas complètement sotte! Il est une maladie plus grave que le sida qui touche notre époque: le fondamentalisme. Islamistes et Pentecôtistes même trip! Hélas.
Tu crois que la Bible est la Parole révélée de Dieu. Les pasteurs répètent à l'envie "Seigneur ta Parole est la Vérité". La Parole s'est transmise oralement. Longtemps. Puis a été mise par écrit. Très tôt mais pas tout de suite. En des temps où l'on avait pas encore inventé la photocopieuse ni le copier/coller de nos ordinateurs. Dieu s'est donc servi d'un véhicule incertain pour nous transmettre Son Message.
Aussi pour conclure vais-je citer un extrait d'Odon Vallet.
" (...) les rapports entre écriture sainte et discours religieux sont fort complexes. Jésus affirme que "pas un iota de la Loi ne sera effacé" (Mathieu, 5, 18) et cette allusion à la plus petite lettre de l'alphabet grec (équivalent du yôd en hébreu) semble une invitation à un respect scrupuleux du texte biblique. Or celui-ci comporte un nombre élevé de variantes dues à des modifications plus ou moins substantielles du texte, volontaires ou parfois involontaires et parfois appelées "fautes de copistes". Non seulement il existe plusieurs récits d'un même événement (deux récits e la Création dans la Genèse, quatre récits de la Passion dans les évangiles) mais encore chaque version de ces événements comporte des différences selon les manuscrits, la plupart mineures mais certaines fort importantes: de nombreux textes antiques de l'Evangile de Marc s'arrêtent à la visite des femmes au tombeau du Christ tandis que d'autres évoquent les apparitions de Jésus ressuscité. Ce que nous lisons aujourd'hui sous le nom de Bible est donc le résultat d'une comparaison entre plusieurs dizaines de sources écrites et d'un consensus entre des générations de biblistes".
La plus ancienne trace écrite connue à ce jour du Nouveau Testament est un fragment de papyrus découvert en Egypte en 1920 de la taille d'une carte de crédit. Fragment très partiel et lacunaire de quelques versets de Jean relatifs au procès de Jésus par Pilate . Il est conservé maintenant à Manchester. Sa datation se situe entre 100 et 175 de notre ère. Et rédigé en grec. Une langue ignorée de Jésus qui ne parlait qu'araméen.
Le texte définitif de la Bible, le Canon n'a été arrêté que tardivement, plus de trois siècles après la crucifixion.