jeudi 28 février 2008

Lettre d'Exil (extrait)

Récit plastique, le dernier livre de l'écrivain et photographe belge d'expression française Nathalie Gassel, vient d'être publié aux éditons du Somnambule Équivoque. L'auteur me fait l'insigne honneur d'en être le dédicataire. Dans cet ouvrage on trouve cette terrible image de moi, que plus qu'un portrait je considère comme une métaphore de ce que le philosophe Gilles Deleuze nommait "le devenir juif". Cette photographie a été prise un jour d'hiver dans la banlieue industrielle de Charleroi.


On vient de m'informer que le Musée de la Photographie de Charleroi, l'unique établissement du genre de la zone francophone, refusait de mettre ce livre en vente dans sa librairie (curieusement baptisée art shop). Nul n'est prophète en son pays...Voici ce que j'ai écrit à celle que j'appelle Ma bien Aimée.
"C'est évidemment avec un certain désappointement que j'ai lu la phrase sibylline de cette dame du musée de Charleroi:"Après consultation, il s’avère que, malheureusement, le musée n’est pas intéressé par l’acquisition de ce dernier pour la vente au sein de son artshop." Et qui m'a laissé songeur... Ma paranoïa me porte à penser que notre photo y serait peut-être pour quelque-chose. Que l'on puisse impunément déloquer un homme sur une voie ferrée du Hainaut et s'en vanter aura probablement déplu. Et plus encore l'intention iconoclaste d'avoir voulu le faire sur la place des Martyres à Bruxelles, haut lieu de célébration de l'identité nationale. Tout cela est politiquement incorrect. En notre curieuse époque ce ne sont plus les artistes qui font l'art, mais les conservateurs, les commissaires et les curateurs. L'usage même de ces mots hideux montre bien les extrémités dernières où nous voici rendus. Et je ne puis au fond de moi réprimer une humeur atrabilaire et imagine que nous sommes les derniers spécimen d'une espèce en voie d'extinction, les amateurs d'art, ceux qui aiment l'art. Les édiles de la scène culturelle nous relèguent à l'amateurisme".

mercredi 13 février 2008

Les croissants du week-end

Avec stupeur et tremblements -Mademoiselle Nothomb je vous souhaite ainsi qu'à mes amis belges, bien le bonjour- l'auditeur matutinal sachant auditer, apprenait sur les ondes de France Inter que Son Eminence Rowan Williams, Archevêque de Canterbury, responsable de l'Eglise Anglicane, était favorable à l'introduction de la Charia (la loi coranique) en Grande Bretagne. "Reconnaître la Charia, déclare-t-il, c'est reconnaître une méthode de jurisprudence gouvernée par des textes révélés plutôt que de se baser sur un seul système". Introduction "inévitable" à en croire le Prélat, mais cependant homéopathique car, precise-t-il il, n'est pas question bien évidemment d'aller jusqu'à autoriser la lapidation des femmes adultères... Ouf! Le lendemain la nouvelle fit la joie de la presse écrite de notre beau pays laîc et républicain, qui la commenta abondamment, sans toutefois se donner la peine de lire l'intégralité du discours de Monseigneur Rowan Williams publié dans le Guardian. Personnelement je n'ai pas outre mesure été surpris par cette information. Le 5 juin dernier je séjournais dans la capitale britanique et ce jour là, l'hebdomadaire londonien Time Out (équivalent amélioré de notre Pariscope) faisait sensation avec ce gros titre: Is London's future Islamic?. Et donnait de nombreux arguements pour une réponse affirmative, entre autres qu'à la fin du premier conflit mondial, la capitale était au coeur d'un empire comptant 160 millions de musulmans et qu' au recensement effectué en 2001, pas moins de 607,083 musulmans vivaient à Londres. Il faut savoir également que si notre voisin d'Outre-Manche adoptait une telle mesure, il ne ferai somme toute que suivre l'exemple déjà donné par un pays du Commonwealth -que dirige toujours Sa très Gracieuse Majesté la Reine Elisabeth II- le Canada. La charia depuis de nombreuses années y est localement en vigueur pour rêgler les petits differents intra-communautaires. Sans que personne, ni sur le Vieux Continent, ni dans la perfide Albion ne s'en soit jamais ému. L'hexagone, peu progressiste, condidère d'un très mauvais oeil le "communautarisme" au principe de l'égalité devant la Loi et selon la Constitution, de tous les citoyens. En Grande Bretagne c'est un peu différent.Et depuis quatre ans, il existe dans ce pays, la première banque islamique implantée en Europe l'Islamic Bank of Britain qui propose à ses clients des produits bancaires 100% hallal. Inimaginable au pays de Voltaire diriez-vous. Eh bien pas tant que cela.Il fallait dimanche matin regarder sur France 2 "Les Chemins de la foi", l' émission religieuse dominicale de la chaine nationale. Après "Sagesses Bouddhistes" où Lama Dennys expliquait niaisement, la vison écologique de la Voie du Milieu, venait "Islam" dont le sujet abordé n'était autre que "Les finances islamiques dans l’économie mondiale ".
Billet à compléter

mardi 12 février 2008

Jesus is Gay



"Vous tous qui avez été baptisés en Christ


Vous avez revetu le Christ"


Epitre aux Galates


C'est sur le blog de l'un des charmants visiteurs de mon Jardin Exotique -que je salue au passage- que j'ai découvert ce petit clip. Ces trois minutes résument ce qu'a été ma vie, voici trente ans. J'étais pareil à ce garçon. Partagé entre la foi et le désir, voulant être un ange et refusant ma part d'humanité, rêvant d'une impossible chasteté. Tout y est au détail près. Le dimanche matin j'assistais à la messe à Saint Leu-Saint Gilles et l'après-midi j'allais draguer sur la terrase du bord de l'eau au jardin des Tuilleries. J'aimais les hommes bruns qui ont les yeux bleus. Une de mes rencontres d'un soir, me déroba le chapelet de nacre bleutée que j'avais reçu des mains de Jean-Paul II . Je vivais mal, douloureusement, ma différence. Il y avait sur moi la chape, combien pesante, de la culpabilité. Et ce sentiment bien ancré du péché, le pire des poisons. Mal dans ma peau, j'ouvrais mon coeur à quelque prêtre. Il recevait ma confession et me donnait l'absolution.Une délivrance éphémère.


Chaque semaine, le mardi, je participais à une réunion de prière du Renouveau Charismatique. Un courant au sein de l'Eglise, inspiré en droite ligne du Pentecôtisme, un mouvement religieux protestant apparu aux Etats-Unis au début du XXème siècle qui acorde une large place au Saint-Esprit, aux charismes et plus particulièrement au don de guérison. C'est dans ce mileu que je connus une expérience incroyablement singulière: l'Exorcisme. Cela s'est déroulé en petit comité, avec un prêtre et quelques bonnes soeurs de l'Ordre Dominicain. Il y eut des prières, l'imposition des mains et l'onction des malades dans une ambiance mystique fort impresssionnante. Et j'entendis ces mots: "Au Nom de Jésus, j'ordonne au Démon de l'homosexualité de sortir de ce corps!". Envahi de sanglots, je fus plongé dans une sorte d' état cateleptique. Quand tout fut achevé, une religieuse, Soeur Thérèse, me prit à part, me dit qu'il fallait maintenant que je grandisse dans l'Esprit. J'étais invité à suivre un cycle de formation intitulé "De la sève au fruit". Je m'y suis donc rendu et ce fut le début de ma délivrance. Mais pas comme l'avait imaginé Soeur Thérèse.


J'étais à l'heure au rendez-vous convenu dans un couvent d'une banlieue cossue de la capitale. Nous étions très nombreux, répartis en petits groupe de parole. Chacun disait son témoignage qu'écoutait calmement un animateur. En l'ocurence une dame, qui ne m'était pas inconnue et à laquelle on prêtait le "don de prophétie". J'étais tout ouï à ce que racontaient mes petits camarades. Une jeune femme, que la Providence n'avait pas comblée de beauté, fit un récit loufoque. Elle prétendait avoir rencontré un ange d'une grâce insigne, vêtu d'un costume vert et conduisant une voiture de sport de la même couleur. Je fus saisi d'un irrepressible fou rire! "Non ce n'est pas ce que tu crois, me disait cette malheureuse, c'était vraiment un ange, pas un type qui me draguait". En effet, qui donc voudrait faire du plat à un pareil laideron... Et je riais de plus belle! Mais elle insistait pathétiquement, ce qui ne faisait que redoubler mon hilarité. "Mais si, mais si c'était un ange". Et je lui demandais si, à défaut d'autre chose, elle avait vu ses aîles. Je n'ai jamais tant ri de ma vie. Et là, en moi-même je me suis dit: "tu es tombé chez les fous". Il fallait à tout prix que je m'éloigne de ces gens, rompre les ponts, tirer un trait final sur cette vie de débiles. Et le dimanche suivant je ne suis pas retourné à l'église, ni le mardi aux réunions de prière. Ite missa est. Pour moi la messe est finie.

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Epilogue. Un après-midi de novembre je suis allé au hamman de la Mosquée de Paris. Dans la brume moite du bain de vapeur, je remarquais un homme assis, une montre à son poignet. "Il fait bien humide ici. Vous ne craignez pas d'abimer votre montre ?". Nous discutames jusqu'au soir. Il était intelligent, il était beau. Il se nommait Bruno. Dans le métro, avant de nous quitter, nous avons échangé nos numéros de téléphone. Ce fut lui qui appella. Il y a longtemps le Père Juan Miguel Garrigues, un des ces intellectuels brillants que compte encore l'Eglise, m'avait donné ce conseil du coeur: "Surtout Alexandre, ne t'interdit jamais d'aimer". Bruno habitait à un petit kilomètre de chez moi, dans une rue près du parc Monceau. Je l'invitais à venir prendre un verre. Je me souviendrai toujours de cette bouteille de Chateau Kirwan que nous bûmes dans le froid sur la moquette rouge de mon studio. Ne t'interdit pas d'aimer... Nous nous aimons depuis 22 ans.


jeudi 7 février 2008


Le Lion et le Rat

Je suis né prématuré. Un 17 aout comme Jean de Labruyère, David Crocket, Roger Peyrefitte, Mae West et Sempé et le même jour que Stephan Eicher. Sous le signe du Lion et l'année du Rat. C'était un mercredi et le Gabon accédait à l'indépendance.
Une nouvelle année du Rat s'ouvre aujourd'hui. Année favorable à la littérature. Je débute donc un journal. Nous sommes le 7 février 2008.
Au printemps dernier je commençais d'écrire Le Jardin Exotique. Ce texte est le récit d'une existance avec le sida. Il n'est pas si facile de se replonger dans un passé douloureux et vous pouvez aisément le comprendre, je n'ai pas tous les jours envie de le faire; l'exercice est parfois si pénible au point que j'y renonce. Il me faut encore beaucoup écrire, beaucoup avancer pour que ce journal à rebours rejoigne le présent, ma vie actuelle. Et j'ai aussi d'autres choses à dire. Et l'envie de réfléchir, de réagir.
Alors écrire. Mais écrire quoi? N'importe quoi: la vie et l'alentour.