
Un ancien camarade de lycée retrouvé récemment sur Facebook se souvenant des excentricités de mon adolescence, m'écrit: " Toujours à faire le différend". La faute d'orthographe relève du lapsus. Je remercie donc mon correspondant pour cette cette homonymie impromptue, inspiratrice d'une petite réflexion lors de mon insomnie matutinale. "... si nous n'étions si différents, nous n'aurions pas si grand plaisir à nous entendre" (André Gide, Œdipe) . Le différend nous oppose et nous divise, nous induit à la discorde, nous éloigne et nous met en conflit. Il érige dans les territoires sans limite de l'existant, le mur d'une frontière où d'un ghetto et nous assigne dans le no man's land où l'échange n'est plus possible. Tout à la fois rivage des Syrtes et falaises de marbre. Le différend sacre le règne des Pouvoirs tandis que le différent consacre les Savoirs et m'ouvre les champs élyséens d'une connaissance insoupçonnée. L'un m'enferme dans mes certitudes illusoires, l'autre m'ouvre les trésors de l'altérité fécondante. Les différends accusent l'ego du moi haïssable. C'est là le vrai péché originel: croire en un univers fondé sur la dualité que ne peuvent résoudre que des duels. Mais où l'on rechercherait en vain un mythique vainqueur. "J'ai mis devant toi la Vie et la mort, choisis la Vie afin que tu vives" enjoint Dieu à Moïse. Les différends engendrent les meurtres, les fratricides, les guerres. Je veux la différence pour paradigme, ce παράδειγμα qui réalisant l'impossible, jette un pont entre l'individuel et l'universel et me permet de dire que ma différence est le lien que je tisse entre nous .